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» Notre langue, dit Racine, ne souffrirait pas, dans un poème épique, cette façon de parler, qui semble n’être propre qu’au burlesque: elle est pourtant fort ordinaire dans Homère. En effet, nous voyons que, dans nos poèmes et même dans les romans, on ne parle non plus de manger que si les héros étaient des dieux qui ne fussent pas assujettis à la nourriture: au lieu qu’Homère fait fort bien manger les siens à chaque occasion, et les garnit toujours de vivres lorsqu’ils sont en voyage.Enfin, à propos des compagnons d’Ulysse retrouvant leur maître: Homère décrit la joie qu’ils eurent pour lors, et la compare à la joie que de jeunes veaux ont de revoir leur mère qui vient de paître. Cette comparaison est fort délicatement exprimée, car ces mots de veaux et de vaches ne sont point choquants dans le grec comme ils le sont dans notre langue, qui ne veut presque rien souffrir, et qui ne souffrirait pas qu’on fît des éloges de vachers, comme Théocrite, ni qu’on parlât du porcher d’Ulysse comme, d’un personnage héroïque; mais ces délicatesses sont de véritables faiblesses.Ces délicatesses sont de véritables faiblesses: cet écolier de vingtans ose enfin le dire dans ces notes sincères; et c’est dans l’amour dugrec qu’il puise cette audace. Tout, dans Homère, ravit Racine; nullefamiliarité, même nulle crudité ne le choque. Plusieurs fois, il semblepréférer Homère à Virgile: «Virgile a imité cette description. vanessa bruno paris
Maiscelle d’Homère est beaucoup plus achevée, et entre plus dans leparticulier.» Il est enchanté d’entendre Nausicaa appeler Alcinoüs «sonpapa» ([Grec: pappa phile]) «quoiqu’elle soit grande fille». Lorsque,chez les Phéaciens, Ulysse demande son chemin à une jeune fille quiporte une cruche d’eau: Il ne se peut rien de plus beau, dit Racine, que la justesse et l’exactitude d’Homère. Il fait parler tous ses personnages avec une certaine propriété qui ne se trouve point ailleurs. Ulysse, par exemple, parle simplement à cette fille, et cette fille lui répond avec naïveté.Ainsi, voilà Racine, à vingt ans, profondément épris de la bonhomie, dela franchise et du réalisme d’Homère. Vous vous demanderez: «Pourquoi,plus tard, ne s’en est-il pas souvenu davantage? Pourquoi, lorsqu’ilavait sous les yeux la fréquente familiarité du dialogue d’Euripide,a-t-il prêté au serviteur d’Agamemnon et à la nourrice de Phèdre desdiscours d’une noblesse si savante? Pourquoi l’élégance si ornée durécit de Théramène?» Sans doute par un souci excessif de garder unecertaine unité et harmonie de ton. sac cuir vanessa bruno Mais ne croyez point pour cela qu’iln’ait rien retenu de la simplicité grecque. Très souvent, et dès laThébaïde,–un certain parti pris de dignité dans la forme une foisadmis,–vous trouverez dans son style quelque chose de très éloigné del’emphase de Pierre Corneille et de la noblesse convenue ou del’élégance molle de Thomas Corneille et de Quinault; quelque chose dedépouillé, de direct, de parfaitement simple, où il est certes permis devoir un ressouvenir et un effet de sa fréquentation passionnée chez lespoètes de l’antiquité grecque.En résumé, de tous les grands écrivains profanes du XVIIe siècle, Racineest celui qui a reçu la plus forte éducation chrétienne.Et de tous les grands écrivains de son temps sans exception, Racine estcelui qui a reçu et s’est donné la plus forte culture grecque.Et la merveille, c’est la façon dont se sont conciliées ou plutôtfondues dans son œuvre ces deux éducations, ces deux traditions, cesdeux cultures.Elles supposent deux conceptions de la vie si différentes enelles-mêmes, et si diverses dans leurs conséquences! Ici, la foi dansl’homme, la vie terrestre se suffisant à elle-même. Là, le dogme de lachute, la vie terrestre n’ayant de sens que par rapport à l’autre vie,la peur et le mépris de la chair. sac lune vanessa bruno
Or, la pensée de l’autre vie a changél’aspect de celle-ci, a provoqué des sacrifices, des résignations, dessonges; des espérances et des désespoirs inconnus auparavant. La femme,devenue la grande tentatrice, le piège du diable, a inspiré des désirset des adorations d’autant plus ardents, et a tenu une bien autre placedans le monde. La malédiction jetée à la chair a dramatisé l’amour. Il ya eu des passions nouvelles: l’amour de Dieu considéré à la fois commeun idéal et comme une personne, la haine paradoxale de la nature, lafoi, la contrition. Il y a eu des conflits nouveaux de passions et decroyances, une complication de la conscience morale, unapprofondissement de la tristesse, un enrichissement de la sensibilité.La tradition grecque donnera à Racine la mesure, l’harmonie, la beauté.Elle lui offrira des peintures de passions fortes et intactes.

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